Cela se dit d'un discours extravagant, d'une chose faite en dépit du sens commun. La duchesse de Châtillon plaidait au parlement de Paris contre la comtesse de la Suze. Ces deux dames se rencontrèrent tête à tête dans la grande salle du palais. Le duc de la Feuillade, qui donnait la main à la duchesse, dit d'un ton gascon à la comtesse, qui était accompagnée de Benserade et de quelques autres poètes : Madame, si vous avez la rime de votre côté, nous avons la raison du nôtre. La comtesse lui repartit aussitôt, en faisant la mine : Monsieur, ce n'est donc pas sans rime ni raison que nous plaidons. Une dame demandant à un poète une rime pour coeffe : Il m'est impossible d'en trouver, lui dit le poète, car ce qui appartient à la tête d'une femme n'a ni rime ni raison. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Méry 1828
Proverbe : Vin versé, il faut le boire
Un calender qui ne se souciait guère, comme beaucoup de ses confrères, d'observer le jeûne du Ramadan, faisait une infraction manifeste à la loi de Mahomet en buvant du vin. Quelqu'un lui dit : Puisque vous ne jeûnez pas, vous devriez au moins vous abstenir de boire de cette liqueur défendue. Il répondit : J'ai renoncé à la pratique d'un précepte de notre divin prophète, voulez-vous que j'abandonne encore la pratique du proverbe : Qui fait la faute, la boit ? HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Proverbe : Il n'y a là ni rime ni raison
Proverbe : Il ne faut pas disputer des goûts
Non de gustibus disputandum.
Cela est vrai à la lettre. Les Hottentots et les Lapons hument avec un plaisir délicieux l'odeur fétide des corps en putréfaction, et se lavent le visage et les mains avec de l'urine corrompue. Les gourmets, chez la plupart des restaurateurs de Paris, dévorent la viande faisandée, c'est-à-dire pourrie. Ce proverbe n'est pas applicable en matière de littérature. Car, comme le dit fort bien La Bruyère, il y a un bon et un mauvais goût, et l'on dispute des goûts avec fondement. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Méry 1828
Proverbe : Familiarité engendre le mépris
Le mépris, dit Molière, est une pilule que l'on peut avaler, mais qu'on ne saurait mâcher sans faire la grimace. Le mépris fait sur le cœur d'une jolie femme le mal que ferait un ulcère sur sa figure. Tout est quelquefois excessivement petit chez les grands. On est plus assuré de réussir auprès d'eux par des soins minutieux et de petits services, tels que ceux de présenter un fauteuil, un chapeau, ramasser un gant, tirer un cordon de sonnette pour leur épargner la peine de se lever, enfin par un cours de flatterie et de domesticité habituelles, que par l'ascendant d'un vrai mérite. Ils aiment mieux s'abaisser jusqu'à celui qui supporte patiemment leur humeur, se prête docilement à leurs moindres caprices, que de s'élever jusqu'à celui dont le talent les domine ; et leur amour-propre est flatté de la servilité du premier, qui entretient perpétuellement en eux l'idée d'une supériorité qu'ils ne doivent souvent qu'au hasard de leur naissance ou qu'aux faveurs du prince ; ils souffrent de la supériorité morale du second, qui les absorbe et les réduit à leur juste valeur. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Méry 1828
Proverbe : Jeter des perles aux pourceaux
Dire ou donner des choses précieuses à des sots ou à des ignorants qui n'en sentent nullement tout le prix. Un ambassadeur de France à la cour de Madrid, après avoir visité la bibliothèque de l'Escurial, dit au comte d'Olivarès, qu'en reconnaissance de l'accueil gracieux qu'il avait reçu de S. M. Catholique, il lui souhaitait que tous les administrateurs de ses finances se conduisissent, dans le cours de leurs fonctions, comme les moines de l'Escurial dans la bibliothèque dont ils étaient les gardiens, parce qu'il s'était aperçu que ces bons religieux, possédant un si riche dépôt de science, aucun d'eux ne s'avisait d'y toucher seulement du bout du doigt. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Méry 1828
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